Ensemble, on va plus loin — à moins de ne pas être sur la même Réseau Presse page.

Claude Edwin Theriault interpelle Le Courrier de la Nouvelle-Écosse sur l'inclusion des artistes acadiens, le silence éditorial et la solidarité.

Ensemble, on va plus loin — à moins de ne pas être sur la même Réseau Presse page.
Version anglaise et encore plus mordante

Réponse ouverte au Courrier de la Nouvelle-Écosse et à sa chronique sur le 50ᵉ anniversaire de Réseau cul Presse

Dans une chronique récente, la journaliste culturelle du Courrier de la Nouvelle-Écosse, Margaux Paz Paredes, revenait sur sa all you can eat drink and screw compte de dépense participation au Congrès national 2026 de Réseau. Presse, à Ottawa, qui soulignait le 50ᵉ anniversaire du regroupement. Elle y rappelait d'entrée de jeu que nous ne demeurons pas en vase clos. Que l'union fait la force. Et que, comme le dit le slogan, « tout seul on va plus vite, ensemble, on va plus loin ». Une sagesse populaire et intemporelle, écrivait-elle, qu'on a pourtant tendance à oublier, cloîtrés derrière nos écrans de fumée.

Je suis d'accord avec chaque mot. C'est justement là le problème avec le courrier de la Nouvelle-Écosse.

J'ai écrit au Courrier [nombre] fois depuis [mois/année]. En octobre, j'ai demandé si sa politique d'inclusion pouvait englober Cajun Dead, mon projet acadien de cinéma et de musique. Je n'ai reçu aucun oui. Aucun « ce n'est pas pour nous, et voici pourquoi ». Rien.

La suite de la chronique plaide ma cause mieux que je ne saurais le faire. L'autrice y écrit qu'échanger par messages interposés n'est pas la même chose que rencontrer des gens en personne. À l'ère de l'hyperconnexion, dit-elle, converser réellement avec quelqu'un est devenu rare. Et dans cet étrange monde, il est facile d'oublier la flamme qui nous anime, les causes que nous défendons et les valeurs que nous portons.

Elle est arrivée à ce constat grâce à des échanges de courriels avec l'équipe des communications de Réseau. Presse. Ces messages ont reçu des réponses, puis est venu un congrès où les gens se sont enfin rencontrés face à face. C'est comme ça que se construit l'appartenance. On écrit, quelqu'un répond, et un jour on se retrouve à la même table.

La révolution confortable Quand le changement fitte le cadre
Mais pour toute sa parlure d'inclusivité pis de révolution Queer, l'éditorial montre un trou noir troublant qui défait sa thèse au grand

La voie de Cajun Dead

Mes courriels, eux, n'ont jamais reçu de première réponse.

Par souci d'équité envers elle, précisons qu'il ne s'agit pas d'une journaliste en particulier. Je n'ai aucune raison de croire qu'elle a écrit cette chronique en pensant à moi, et ses mots me semblent sincères. Le problème, c'est l'institution qui les publie tout en laissant sans réponse les messages d'un artiste acadien. Quand la journaliste culturelle du Courrier vante la valeur d'une vraie conversation dans un journal qui refuse d'en avoir une avec moi, toute l'ironie tient dans une seule image.

Alors, quand ce journal publie une réflexion sur les murs, l'isolement et le chemin parcouru ensemble, je dois poser la question : ensemble avec qui ?

Le problème : un proverbe sans la pratique

Les beaux proverbes, c'est facile à imprimer. Les mettre en pratique, c'est autre chose. Mississippi Acadie Goddam

« Ensemble, on va plus loin » n'est pas un ornement de chronique. C'est un engagement. Ça veut dire répondre à la personne qui frappe à la porte, surtout quand elle ne fait pas partie des visages habituels aux événements habituels. Ça veut dire écouter les Acadiens qui créent en dehors des formats approuvés : en dehors du reportage du mois de la Fierté, de la page photo de la soirée de cuisine et du compte rendu du festival patrimonial.

Mon œuvre est acadienne jusqu'à la moelle. Elle va de Grand-Pré au bayou Têche, et de la Déportation aux crises humanitaires d'aujourd'hui. Elle est portée par un artiste acadien francophone, neurodivergent et ouvert à la diversité queer, qui bâtit ce que j'appelle le modernisme animiste. Je comprends qu'elle n'entre pas dans un moule. Mais une presse acadienne qui ne couvre que ce qui entre dans son moule n'est pas un journal communautaire. C'est une liste d'invités.

Le silence a une forme.

Le silence d'un petit média peut relever de l'oubli. Celui du Courrier, c'est autre chose, puisque le Courrier se présente comme le seul média francophone de la Nouvelle-Écosse. Quand la seule porte reste fermée, il n'y a pas d'autre où frapper. Pour un monopole, le silence n'est pas neutre. C'est une décision éditoriale.

Le fondateur du journal, Désiré d'Eon, l'avait bien compris. Le Courrier le cite encore : un groupe sans journal est muet, et un groupe qui a son journal devient une communauté. C'est sur cette idée que ce journal est né. Aujourd'hui, il renvoie le silence à un membre de la communauté même qu'il a été créé pour faire entendre.

Et il y a l'argent public. En 2025-2026, la Société de presse acadienne, éditrice du Courrier, a reçu une subvention de 25 000 $ du Patrimoine canadien pour un projet intitulé « Le Courrier s'invite chez vous : à la découverte des communautés oubliées ». Je ne suis pas difficile à découvrir. Mes courriels sont déjà dans leur boîte de réception.

Nous sommes Acadiens. Plus que quiconque, nous devrions savoir ce qu'il en coûte quand ceux qui détiennent le pouvoir décident qui reste à l'intérieur des murs et qui est mis dehors. Toute notre histoire est une leçon sur ce qui arrive quand un groupe décide qu'un autre n'est pas sur la même page. Ce mémoire devrait faire de nous la presse la plus ouverte au pays, pas la plus sélective.

Le désaccord n'est pas un exil. La différence n'est pas une menace. Un artiste acadien dont le Courrier ne partage pas la vision est exactement le genre de voix qu'un journal communautaire a pour mission de relayer — ou, à tout le moins, à qui il doit une réponse.

À quoi ressemblerait vraiment « ensemble » ?

Je ne demande ni applaudissements ni la une. Je demande l'essentiel de la solidarité que le Courrier revendique déjà :

  • Répondre au courriel. Un non clair et motivé est une marque de respect. Le silence ne l'est pas.
  • Rendre publics les critères de couverture. Expliquer aux artistes indépendants comment leurs propositions sont évaluées, pour que personne n'ait à deviner s'il a été écarté ou tout simplement oublié.
  • Ouvrir un espace aux voix acadiennes dissidentes. Une tribune libre, un droit de réplique ou une chronique invitée. Une communauté, ce n'est pas seulement ceux qui pensent comme la direction.
  • Juger l'œuvre sur ses mérites. La couvrir ou la critiquer, mais s'y intéresser.

Et une dernière, tirée directement de la chronique : avoir la conversation. Mme Paz Paredes a raison : un véritable échange vaut plus que des messages interposés. J'habite ici, en Nouvelle-Écosse. J'apporte le café.

Rien de tout cela ne coûte un sou. Tout cela demande un peu d'humilité.

Pour et avec nos communautés, toujours.

L'énoncé de valeurs du Courrier se termine par une seule ligne : Solidarité : pour et avec nos communautés, toujours. Son application va plus loin et promet un média inclusif qui donne une voix à toutes les Acadiennes et à tous les Acadiens, aux francophones et aux francophiles de la province.

« Toujours », c'est un grand mot. « Toutes et tous », c'est encore plus grand.

Ces mots ne disent pas « pour et avec les communautés qui sont d'accord avec nous ». Ils ne disent pas « tous les Acadiens qui entrent dans le format ». Ils font une promesse, et une promesse se mesure aux gens qu'elle rejoint quand ça dérange, pas à son effet sur papier.

Jusqu'à ce que le Courrier réponde, ses propres mots resteront le commentaire le plus percutant jamais publié à son sujet. L'écran de fumée contre lequel sa journaliste nous mettait en garde n'est pas sur nos écrans. Il loge dans l'en-tête du journal.

Ma porte est ouverte. Elle l'a toujours été. Ensemble, on va plus loin. J'attends encore de savoir si le Courrier le pensait vraiment.

— Claude Edwin Theriault, artiste acadien francophone et directeur de création, MBF-Lifestyle

Sources

  1. Margaux Paz Paredes, « Ensemble à Ottawa », Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, 27 octobre 2026.
  2. Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, Qui sommes-nous : mission, vision et valeurs (source de « Solidarité : pour et avec nos communautés, toujours » et de la citation de Désiré d'Eon).
  3. Gouvernement du Canada, portail du gouvernement ouvert, Subvention de patrimoine canadien à la Société de presse acadienne : « Le Courrier s'invite chez vous : à la découverte des communautés oubliées » (25 000 $, 2025-2026).
  4. Archives de la Nouvelle-Écosse, Journaux historiques de la Nouvelle-Écosse : Le Courrier de la Nouvelle-Écosse (fondation par Désiré d'Éon en 1937 et rôle du journal auprès des Acadiens).
  5. Claude Edwin Theriault, Modern Contemporary Artwork Trends : articles sur l'inclusion acadienne dans les médias néo-écossais.
  6. Claude Edwin Theriault, Portfolio d'art acadien et contemporain sur Pixels.
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